Le dernier de la classe

      

Le dernier de la classe

   bel_med 2009-09-19, 18:14

Le classement peu honorable de l'Algrie aux olympiades des mathmatiques qui s'taient droules en Allemagne, a inspir un journaliste du "Quotidien d'Oran" ,dans son article ,il met nu ce que nous souponnions dj :l'lve algrien fait dsormais partie de l"lite" des ...cancres.Sur un ton sarcastique
saupoudr de forte ironie,cet article se laisse lire avec un rictus au coin des lvres.A mditer donc!
Errika ! Errika ! Ce sont les tabliers !


par Boudaoud Mohamed


Il tait une
fois, dans un pays aujourd'hui disparu, un Sir Ministre qui, un jour, convoqua
d'urgence tous ses subalternes. Il tait de trs mauvaise humeur, et des
tmoins se souviennent qu'il avait cri horriblement aprs tous ceux qu'il
avait rencontrs sur le chemin qui menait de sa maison la Grande Salle de
Runion.

C'tait une lettre que lui avait remise un tranger, qui avait bousill ses nerfs. Il
tremblait de rage.

- Encore une fois, hurla-t-il en brandissant
la lettre devant les yeux fatigus et indiffrents de ses subalternes, notre
École a reu un blme. Nos meilleurs lves ont obtenu de trs mauvais
rsultats l'Examen international. Messieurs, dans la liste des peuples qui
ont particip cette comptition, nous figurons l'avant-dernire place.
C'est une honte ! Si je ne craignais pas de dsobliger notre Roi, j'aurais dj
donn ma dmission. Mais comment oserais-je commettre une telle indlicatesse
l'gard de Sa Majest le Roi qui m'a toujours tmoign une confiance aveugle ?
Il y a peine deux jours, Son Excellence me disait, en me donnant de gentilles
petites tapes sur l'paule : Va, mon fils, va. Tu fais un travail
exceptionnel. Je suis persuad qu'un beau jour tu nous mneras sur Mars. Ce
jour-l, je t'offrirai quelques-unes des perles de pluie que vient de m'offrir
le Roi d'un pays o il ne pleut pas. Laisse les aigris radoter et continue ton
bonhomme de chemin. Ne Nous quitte pas. Ne Nous quitte pas. Que Dieu dirige et
bnisse tes pas !. Vous voyez, une dmission serait une ingratitude envers Sa
Majest (un silence, puis), mais pourquoi donc sommes-nous les derniers de la
classe ? Nos lves seraient-ils tars ? Les femmes de ce pays seraient-elles
incapables de donner naissance des enfants intelligents comme ceux qui
sortent du ventre des Finlandaises ? C'est une possibilit ! Ce sont des
feuilletons finlandais que le directeur de la Tlvision devrait importer en
masse. Ou, peut-tre, faudrait-il encourager les jeunes Finlandaises venir
s'installer chez nous ? Notez l'ide, vous penserez cette solution plus tard.

Des applaudissements et un murmure
d'approbation parcoururent la Grande Salle de Runion. Les subalternes
semblaient trs intresss par la proposition de Sir Ministre de l'École. Ils
taient en train de la consigner sur leur carnet quand, brusquement, le Sir
gronda :

- Y aurait-il
parmi vous des fonctionnaires qui ne font pas leur travail consciencieusement ?
Je svirais ! Je les dtruirais ! Certes, je suis plein de pardon, mais je vois
rouge quand la Nation a mal. Mais je souponne plutt les aliments que nous
importons d'tre trafiqus pour nous abrutir ? Il est probable aussi que c'est
l'air que nous respirons qui nous rend stupides ? Aurait-il t pollu par
l'Ennemi Extrieur ? Serions-nous les victimes d'une conspiration ? Qui nous
veut du mal ? Dieu Tout-Puissant, protgez mon pays contre ses ennemis ! Ils
sont si nombreux !

- Amen !
rpondirent en choeur les subalternes qui, ayant subi maintes reprises des
tirades de ce genre, gardaient le silence jusque-l. D'instinct, ils savaient
quel moment et avec quelles paroles il fallait intervenir. Ils avaient de
petits projets personnels qu'ils ne voulaient pas exposer aux sautes d'humeur
de Sir Ministre. En effet, dans ce pays aujourd'hui disparu, les Chefs taient
imprvisibles comme un destin. Ils changeaient d'humeur comme la trotteuse
d'une montre change de position. Encore pire, ils se froissaient pour un rien
et pouvaient de ce fait devenir trs dangereux. Mais ils adoraient les
flatteries. Et les flatteurs bnvoles pullulaient dans cette contre, qui
vivaient la langue pendante et une brosse la main.

- Des milliards
de dollars, des millions d'lves, continua le Sir Ministre de l'École, des
millions de livres scolaires, des millions de cartables, des centaines de
milliers de salles de cour, des centaines de milliers d'enseignants, des
centaines de milliers de tableaux, des centaines de milliers de tables et de
chaises, des milliers d'coles primaires, des milliers de collges, des
milliers de lyces, des milliers de directeurs, des milliers d'inspecteurs, des
centaines de runions, bref, des quantits inimaginables qui font plir de
jalousie les autres nations, et nos enfants ont t nuls l'Examen
international ! Incroyable ! Mais je ne vous ai pas convoqus pour vous
rappeler que le Royaume consacre le quart de ses revenus l'École. Nous sommes
l pour rflchir aux causes de l'humiliation que nous venons encore une fois
d'essuyer. Messieurs, faites travailler vos mninges maintenant. Nous ne
sortirons pas de ce lieu avant d'avoir rsolu le problme.

On vit apparatre
sur le visage des subalternes des grimaces qui indiquaient qu'ils s'taient
engags dans une profonde rflexion. En vrit, depuis que ce dernier avait
prononc le mot Finlandaises, la plupart rvassaient, l'imagination fconde
gnreusement par l'ide. Ils se voyaient dj entours d'un harem de femelles
blanches dociles, leur donnant tous les neufs mois un petit Einstein chevel.
Mais, sans crier gare, le Sir s'exclama, brisant en mille morceaux ces rveries
roses et tendres :

- Errika ! Errika
! Ce sont les tabliers !

Dans la langue
maternelle de notre hros, Errica ! signifiait J'ai trouv !. Des sicles
plus tard, ce fameux cri sera dform dans une baignoire par un certain
Archimde qui hurlera Eurka ! pour une raison banale. Trafique, l'histoire
a retenu le nom de ce personnage insignifiant, mais a enseveli celui du Sir
Ministre sous les dcombres de l'oubli. Les subalternes firent semblant de
prter attention.

- Oui, ce sont
les tabliers que doivent porter nos lves qui sont l'origine des piteux
rsultats que nous avons obtenus. Voici ce qui a d se passer jusqu'
maintenant. Comme il y avait trop de couleurs, les enfants ont tout le temps eu
l'impression d'tre dans une foire ou une kermesse, mais certainement pas dans
une cole. Or c'est connu, les couleurs distraient et parpillent l'attention.
Celle de l'apprenant comme celle du matre. Pour apprendre, il n'y a pas mieux
qu'un environnement simplifi et svre. En deuxime lieu, cette multitude de
couleurs ont provoqu une multitude d'opinions. Chaque lve a eu de ce fait
des ides personnelles sur le monde. Il y a eu des discussions, chacun
dfendant la couleur de sa blouse. La division s'est alors installe et
l'enseignant a t, non pas face une communaut qui avait envie d'apprendre,
mais des sauvages indociles et indisciplins. Chaque gamin pensait sa faon
au lieu de penser comme son camarade. À la question pose par le matre, ce
n'est pas une rponse, mais des rponses qui fusaient des bouches. Ce qui a
ouvert la voie au dsordre. À la pagaille. Or, quel est le rle d'une cole ?
Bien entendu, radiquer les diffrences et faonner une pense commune. En
effet, quelle dlicieuse joie d'tre en classe avec des frres qui pensent
comme vous ! Quel confort ! Vous avez envie d'tudier ! Par contre, c'est un
enfer d'tre entour d'individus qui vous contredisent tout le temps ! C'est
stressant ! C'est angoissant !



Le Sir Ministre
de l'École s'arrta de parler pour jouir de l'effet qu'il tait sr d'avoir
produit sur ses subalternes. Le tapage qui rgnait dehors pntra dans la
Grande Salle. Les aboiements d'un chien tourment par des gamins. Les appels
d'un marchand d'amulettes et de potions. Le braiement d'un ne. Le beuglement
d'une vache. Une grossiret lance par une voix aigu. Les battements de
l'hlice d'un hlicoptre.



- D'un autre
ct, continua notre hros, comme le Sir Ministre de la Charit vient de le
rvler, le pays compte un nombre considrable de misrables. La mendicit
s'est banalise. Ceux qui ont exig alors le port d'une blouse sans aucune
restriction sur la couleur, ont donn l'occasion aux enfants des familles
aises de s'exhiber, puisque eux seuls pouvaient se permettre de jolis et
riches tabliers multicolores. Comment, dans ce cas, les millions d'lves
pauvres que comptent nos coles auraient-ils pu s'intresser leurs tudes ?
La jalousie a srement tu en eux toute motivation. Pire encore, la directive
sur le port des blouses n'a certainement jamais t applique srieusement, ce
qui a fait que ces gamins de riches pouvaient venir l'cole sans tablier,
dcouvrant ainsi des habits chics qui devaient tre cachs aux regards de leurs
camarades dmunis. Vous devinez les consquences de ce laisser-aller sur le
moral et le travail scolaire de ces pauvres lves. Rciproquement, les
vtements uss et dmods de ces derniers ont d influer ngativement sur les
aptitudes intellectuelles des premiers. Voil les causes qui nous ont
dshonores. Par ailleurs, nous ne devons pas nglig les rancoeurs que peut
causer un talage de luxe chez nos humbles enseignants qui, en gnral, ont
toutes les peines du monde joindre les deux bouts. Non, il nous faudra
corriger cette directive. Notez maintenant les nouvelles instructions.



Les subalternes se prparrent prendre des
notes, heureux d'en finir.


- Dsormais, il
n'y aura plus que trois couleurs. Les garons porteront des tabliers noirs. Les
filles du primaire et du moyen, des tabliers roses. Et les lycennes, des
tabliers blancs. Le port de la blouse sera obligatoire. Vous verrez, avec cette
uniformisation des couleurs, l'galit et l'ordre rgneront au sein de notre
École, et nous obtiendrons sans peine des rsultats honorables au prochain
Examen international. Sa Majest sera fire de moi, car nous irons loin, plus
loin que Mars. Nous quitterons le systme solaire, nous irons explorer
l'univers.

Les subalternes applaudirent longuement, puis
on se spara. Quelques jours plus tard, ils reurent une autre convocation.

- J'tais sr
qu'ils allaient se mettre pondre des idioties sur ma directive, commena par
leur dire le Sir Ministre. Ce peuple ne sait produire que des foutaises. Et les
journalistes, ravis de mordre, talent ces foutaises en premire page. Écoutez
ce qu'on nous reproche et ne riez surtout pas ! C'est srieux !



Il y a d'abord
les habitants du Sud qui affirment qu'un tablier noir absorbe la chaleur et
qu'il deviendrait touffant partir du mois de mars. Ainsi, ces gens qui
vivent sous un soleil de plomb depuis des millnaires, subissant cette
fournaise sans jamais gmir, ne pourraient pas revtir une blouse noire parce
qu'ils auraient chaud. Et il me faut rester calme ! Les journalistes rapportent
aussi que les citoyens sont perplexes et exigent plus de prcisions. Ils ne
savent pas, parat-il, si le tablier exig doit avoir des manches longues,
courtes, ou tre sans manches. Avec col ou sans col ? Avec poches ou sans
poches ? Long et descendant jusqu'aux genoux, ou court et s'arrtant la
taille ? Ils veulent savoir aussi de quel rose il s'agit. Ils sont devenus
subitement trs pointilleux sur les nuances ! Quel raffinement ! Certains
seraient contre l'uniformisation des couleurs parce qu'elle porterait atteinte
aux liberts individuelles. Ils ont employ les grands mots : autoritarisme,
paternalisme, dcision unilatrale, mpris du citoyen. Ils n'ont rien compris.
Ils ont tout dform. Mais j'ai entendu dire que beaucoup de citoyens ont salu
mon initiative. En particulier, ils ont trouv intelligent le choix de la
couleur noire pour les garons. Ils disent que le noir endurcira les enfants,
en fera des hommes solides, capables de supporter les malheurs venir. Ils ont
apprci aussi qu'il y ait deux couleurs diffrentes pour les filles. Selon
eux, le rose qui est plus ou moins acceptable sur des collgiennes, est trop
voyant et suggestif sur des lycennes. Ils disent que le blanc, couleur de
l'innocence et de la puret, purifiera nos filles et protgera les garons des
tentations malsaines qui dissipent l'attention. Ils ajoutent qu'il serait bien
de leur exiger des tabliers larges et longs. Qu'il serait encore mieux
d'ordonner le port du tablier mme l'extrieur de l'cole. De proposer une
loi dans ce sens. Nos dputs voteront oui. Ils sont d'accord avec moi que des
blouses en trois couleurs limineront coup sr l'atmosphre de foire et les
consquences des disparits sociales qui empchaient nos lves d'avoir de bons
rsultats. Cependant, pour faire taire les rouspteurs, je suis oblig
d'apporter des changements. Sa Majest me l'a recommand ce matin par
tlphone. Ce peuple, m'a-t-elle dit, n'a pas encore assez de maturit pour
saisir la pertinence de votre proposition. Nous endurerons encore pendant trs
longtemps ses ractions infantiles. Notez donc ceci : le noir sera remplac
par le bleu. Ajoutez que toutes les nuances seront acceptes.



Le Sir Ministre
de l'École se tut un moment puis reprit :

-Maintenant, je
voudrais ajouter quelque chose. Merci infiniment pour le document complet et
dtaill que vous m'avez remis hier. J'ai trouv gniale l'ide de btir une
jolie cit pilote pour les jeunes Finlandaises qui accepteraient de venir
s'installer chez nous pour nous aider lever notre niveau scolaire. J'ai t
particulirement touch par le fait que chacun de vous se dit prt en pouser
une si la Nation le lui demandait. Je me souviendrai de cette noblesse et de
cette loyaut.

bel_med
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Pro

: 139
: 66
: Ain M'lila
: 7
: 247
: 12/07/2008

    

: Le dernier de la classe

   Al-fassil 2009-09-21, 14:26


Message bien reu chr Bel Med, je salue ta clairvoyance et l'enchainement des faits.
Merci et sahha aidkom

Al-fassil
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: Le dernier de la classe

   dracula 2009-09-21, 17:31

Cher ami bel-med, nous revoil frais et dispos aprs un mois de jeune et de pit pour trs peu d'algriens ( l'ancienne classe), mais aussi un mois de spculation, de gains illicites et malhonntes, de concours la boustifaille, d'abus et d'excs dans les plats pour la grande majorit vivant pour la galerie au son de l'argent facile et des valeurs corrompues dans une socit pervertie par la convoitise.
Je voudrai te remercier pour avoir dit un document d'une si grande richesse culturelle et d'une aussi grande symbolique, franchement je te tire ma rvrence et j'envoie toute ma gratitude car tout a t trs bien dit dans ce document qui mrite d'tre cit et conserv, surtout qu'il a t agrment des belles paroles trs significatives du grand chanteur JACQUES BREL.
Merci toi bel-med, je prie nos forumistes de lire ce commentaire universel, de le relire et de mditer sur la maldiction de l'cole algrienne, sur ce mauvais sort qui l'a frappe au point o elle nous produit aujourd'hui des harragas, des casseurs, des pyromanes, des tueurs, des parricides, et des kamikazes. Je souhaite que vous lisiez ce document sans rpit, concentrez vous au maximum sur l'cole et je vous assure qu' chaque lecture, vous dcouvrirez les malheurs et les bouleversements qui ont frapp avec une violence rare notre pauvre cole algrienne livre aux mains d'un ministre qui ne croit pas en sa mission, oui un ministre qui n'est pas convaincu en ce qu'il fait.
ENCORE MERCI BEL-MED.

dracula
Pro
Pro

: 162
: 56
: ainmlila
: 7
: 210
: 26/08/2009

    

      

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